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jeudi, 26 mars 2015 09:40

CdC et lutte contre l'addiction : l'interview pour comprendre

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Gaëlle Challet Gaëlle Challet

Parfois le hasard fait que des entités doivent se rencontrer. C'est le cas quand l'IFAC de Natntes, un institut reconnu nationalement pour sa compétence en matière d'étude et de lutte contre l'addiction, a contacté mon club pour proposer de participer à une enquête clinique importante qui doit définir rien de moins que l'outil de dépistage de l'addiction chez les joueurs de poker. L'aide aux joueurs et la lutte contre l'addiction est une priorité pour le CdC qui veut aller au delà des simples messages d'informations légaux. Il a demandé à ses clubs membres et leurs adhérents de se mobiliser et le résultat était juste énorme ! Personne n'est plus qualifié que Gaelle Challet, coordonnatrice de l'enquête (en photo), pour vous expliquer en quoi votre soutien à cette action était important, voici son interview. Le CdC tient à la remercier ainsi que toute l'équipe qui travaille à la protection des joueurs autant qu'il tient à remercier ses membres qui ont participé en nombre ! Tenez vous prêts, si l'IFAC a besoin de nous nous répondrons présent.

Bonjour Mme Challet, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je suis Coordinatrice d’Etudes Cliniques dans une équipe de recherche du CHU de Nantes, l’Institut Fédératif des Addictions Comportementales. Notre équipe a la triple mission de recherche, formation et information sur les addictions comportementales, c'est-à-dire les addictions sans substance comme le jeu pathologique mais aussi les troubles du comportement alimentaire ou les addictions sexuelles. Nous menons ainsi des recherches cliniques et fondamentales qui visent à mieux comprendre les addictions comportementales, en particulier les addictions aux jeux de hasard et d’argent (JHA), et à mieux prévenir et traiter ces troubles. Mon rôle est à la fois de coordonner et animer l’activité de recherche de notre équipe, et aussi de développer mes propres études. C’est le cas de l’enquête pour laquelle je vous ai sollicité.

Dans le cadre de l’enquête clinique à laquelle le CdC et ses membres ont participé vous nous disiez avoir besoin de mettre en place « un outil de dépistage des problèmes de jeu spécifique aux joueurs de poker », parce qu’il y a dans ce jeu des facteurs d’habileté et d’expérience. Quand et comment les chercheurs de l’IFAC ont admis ces facteurs ? En questionnant des joueurs ? En étudiant plus en profondeur les subtilités du poker ? En analysant les réponses de joueurs de poker sur votre outil général ? Autre ?

Le service d’addictologie du CHU de Nantes, auquel notre équipe de recherche est adossée, a toujours eu un intérêt important pour les problématiques liées aux JHA, et ce, avant même la création de notre unité de recherche (en 2008). Nous avons rapidement développé un intérêt important pour les différences entre les formes de JHA (les paris, sportifs ou hippiques, les loteries ou les grattages, les machines à sous, et surtout le poker). J’ai d’ailleurs consacré ma thèse de doctorat à cette question ! L’idée que les différentes formes de jeu ne correspondent pas aux mêmes profils de joueurs et de patients est avant tout née de la pratique clinique, grâce à laquelle nous nous sommes rendu compte que les patients joueurs de poker ne répondaient pas de la même façon aux stratégies thérapeutiques et préventives utilisées traditionnellement avec les joueurs pathologiques. Nous avons alors menée une première étude centrée spécifiquement sur le poker, en 2009/2010. Cette première enquête portait sur un petit nombre de joueurs (16) que nous avons observé pendant une séquence de jeu et interrogé sur les habiletés présentes dans le poker. Il s’agissait donc d’une enquête préliminaire, mais qui nous a permis de confirmer notre intuition : les joueurs de poker ont des spécificités qu’il faut impérativement prendre en compte si l’on veut que les actions de prévention et de soins leur bénéficient aussi. Pour ce qui est de la question de l’habileté et de l’expérience au poker, je pense que nous avons toujours été convaincus de leur présence ! Plusieurs chercheurs internationaux ont tenté de quantifier la présence d’habileté dans le poker, sans grand succès (certains la renient totalement, d’autres considèrent qu’il n’y a aucun hasard). Nous avons donc décidé de nous intéresser plutôt à la nature des habiletés présentes (ce sera l’objet d’une nouvelle étude qui devrait démarrer après l’été), et de développer des actions dans lesquelles nous prenons en compte les spécificités des joueurs de poker (c’est pour cela que nous avons besoin de bien les comprendre). C’est dans cette perspective que nous proposons l’enquête pour laquelle le CdC nous a aidés, qui vise à développer un questionnaire de dépistage des problèmes de jeu spécifique aux joueurs de poker, différent de ceux utilisés pour les jeux plus traditionnels.

Quelle est l’importance de cet outil pour l’IFAC ?

Selon notre enquête préliminaire, les joueurs de poker, et en particulier ceux qui ont développé des problèmes de jeu, présentent des dommages différents de ceux des autres joueurs : par exemple, le temps passé à jouer est très important et peut avoir plus de conséquences négatives que l’argent perdu (ce qui n’est pas forcément le cas pour les autres jeux). Une autre différence avec les autres jeux concerne ce que les joueurs recherchent dans la pratique du poker : pour la plupart des joueurs, l’intérêt du poker réside dans la compétition, l’aspect social ou la maitrise du jeu, mais pour certains joueurs, ceux qui présentent des problèmes en particulier, le poker peut aussi représenter le seul moyen de se valoriser dans la vie ou d’oublier les problèmes de sa vie quotidienne. C’est lorsque le jeu envahit la vie de la personne et prend le pas sur ses autres activités (de loisirs, mais aussi professionnelles ou familiales) qu’on peut commencer à parler d’addiction. Nous avons tenté d’intégrer toutes ces spécificités dans notre outil, pour un repérage adéquat de ceux qui présentent des problèmes Notre idée est d’éviter un sous- ou sur- repérage des problèmes dans le cadre du poker comme c’est le cas avec les questionnaires utilisés pour les autres jeux (qui sont très centrés sur les difficultés financières par exemple et n’intègrent jamais l’aspect du temps passé à jouer). Nous estimons que les outils existants ne sont tout simplement pas adaptés au poker pour le moment.

En quoi le CdC et ses membres vous ont été utiles dans votre enquête clinique ?

Vous nous avez tout simplement permis de mener notre enquête !! Le fondement des enquêtes cliniques, ce sont d’abord des volontaires qui acceptent d’y répondre. En diffusant l’information sur notre enquête, le CdC nous a permis d’obtenir plus de 500 réponses, là où nous atteignions difficilement des 50 réponses auparavant ! (NDLR : en seulemnent 3 jours !). Nous remercions donc vivement de CdC pour l’aide importante apportée, merci à tous les clubs qui ont relayé l’info, et à tous les joueurs qui ont pris de leur temps pour répondre ! Nous ne manquerons pas de vous faire un retour sur les résultats de l’étude, quand les analyses seront terminées (il faut en général quelques mois).

Est-ce qu’une association nationale comme la nôtre peut faire plus pour vous aider et aider à la lutte contre l’addiction et comment ?

Vous nous avez déjà beaucoup aidés !!! Le plus souvent, ce qui nous manque dans les équipes de recherche comme la nôtre, qui sont adossées à des services cliniques et n’ont donc accès qu’aux patients, c’est de pouvoir inclure dans nos études à la fois des joueurs qui ne présentent pas de problèmes de jeu (car pour comprendre les problèmes de jeu, il faut déjà comprendre les joueurs !) et des joueurs qui présentent des problèmes de jeu mais n’ont pas fait de démarche de soins. Cette dernière population est très difficile à recruter dans les enquêtes cliniques, alors qu’elle nous apporte de précieuses informations sur les éléments qui permettent de dépister précocement les problèmes et de savoir comment intervenir au plus tôt pour rétablir une pratique contrôlée du jeu. Et en ce qui concerne ce que votre association pourrait faire pour aider la lutte contre l’addiction, et bien, je crois que votre philosophie est déjà un très bon début ! Le rôle des associations n’est pas de faire le travail des équipes de recherche ou des équipes cliniques, mais bien de promouvoir une pratique du jeu responsable et contrôlée, pour qu’elle reste un loisir. Il peut s’agir de diffuser les informations adaptées (cadre légal, outils d’aide existants, promotion du « jeu – loisir », etc.)… et bien sûr d’aider des équipes comme la nôtre dans la réalisation d’études cliniques ! En termes d’outils d’aide, il existe le site d’aide national de Joueurs Info Service (09 74 75 13 13 ; www.joueurs-info-service.fr) ou notre site aide-info-jeu (www.aide-info-jeu.fr ; c’est un site d'assistance en ligne anonyme et gratuit sur le jeu pathologique pour les joueurs et leur entourage. Il permet de s'informer sur cette problématique, de s'auto-évaluer et d'échanger avec des professionnels de santé via un système de messagerie). Nous tenons aussi à jour un annuaire des centres de soins spécialisés dans toute la France, consultable gratuitement sur notre site Internet : www.ifac-addictions.fr. A terme, lorsque nos analyses seront terminées, vous pourrez aussi proposer aux joueurs qui le souhaitent de s’auto-évaluer sur leur pratique du poker à l’aide de l’outil spécifique que nous aurons développé !

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